S’il n’est pas dans nos habitudes de parler de maladie lorsque nous parlons de santé mentale, il nous a semblé essentiel de faire le point sur l’une des maladies les plus répandues au monde : la dépression. Pourquoi ? Parce que cette maladie catalyse bon nombre des idées reçues et des tabous persistants concernant la santé mentale, qui mènent la vie dure à celles et ceux qui en souffrent.
La dépression est l’un des troubles psychiques les plus répandus autour du globe, avec pas moins de 5% des adultes touché·e·s. Tout le monde en a entendu parler, il s’agit du diagnostic psychiatrique le plus souvent traité dans les hôpitaux suisses, et pourtant… On estime que seules 10% des personnes atteintes reçoivent un traitement adapté et suffisant. Comment expliquer ce décalage ?
Le tabou et la stigmatisation qui entourent la santé mentale et la dépression en particulier peuvent mener les personnes atteintes à taire leur souffrance, allant même parfois jusqu’à la nier car “ça ne peut pas m’arriver à moi”. Peur d’être jugé.es comme “faibles”, d’être moqué.es, ou de voir notre souffrance ignorée, bien souvent nous préférons cacher nos maux, surtout psychologiques. On finit alors par se sentir coupables de notre propre souffrance, estimant que nous devrions pouvoir y remédier seul.es. “Quand on n’a pas vécu ça de près – les crises d’angoisse, les attaques de panique, quand on croit qu’on va mourir … – ou [quand on n’a pas connu] la vraie dépression, on a tendance à croire que c’est un caprice de gens qui ont ‘besoin d’un coup de pied au cul’” Pourtant, la dépression n’est pas une déprime, une tristesse passagère liées aux difficultés normales de l’existence, mais une maladie bien réelle et reconnue, et elle n’est pas du tout en lien avec un déficit personnel. Comme tous les troubles psychologiques, elle est bio-psycho-sociale : c’est-à-dire qu’elle trouve son origine dans un ensemble de facteurs en interaction. Elle est donc aussi le résultat de variables qui échappent à notre contrôle.
La médecine actuelle se base sur le modèle bio-psycho-social. Il s’agit “d’une représentation de l’être humain dans laquelle les facteurs biologiques, psychologiques et sociaux sont considérés comme participant simultanément au maintien de la santé ou au développement de la maladie.”
La dépression est une maladie parfois difficile à diagnostiquer. C’est souvent au médecin de famille qu’il incombe de repérer le problème, mais parfois elle se trouve “masquée” par des plaintes liées à des problèmes physiques et des troubles cognitifs (problèmes de mémoire et/ou d’attention), notamment chez les personnes âgées. À noter que la dépression peut s’exprimer par des symptômes physiques tels que les douleurs musculaires chroniques. Si une personne est un esprit, elle est aussi un corps, et ces deux éléments sont indissociables ! Une dépression peut par ailleurs se manifester différemment selon les personnes. Ainsi, on constate que les femmes ont plus tendance à exprimer de la tristesse, tandis que les hommes ont une tendance à l’irritabilité et à l’impulsivité.
D’ailleurs, si la dépression semble toucher les femmes plus que les hommes, c’est aussi parce qu’elle est moins décelée chez ces derniers. Le tabou qui entoure la santé mentale est particulièrement fort chez les hommes, à cause des stéréotypes de genre opposant habituellement un supposé masculin-rationnel au féminin-émotionnel. Ainsi, ils auront tendance à moins exprimer leur souffrance mentale, et à moins rechercher de l’aide.
Les raisons de cette situation sont multiples: ils souffrent plus des préjugés concernant la santé mentale, ont moins de connaissances et savent moins comment rechercher efficacement de l’aide.
La dépression est une maladie guérissable si elle est bien prise en charge. Selon les spécialistes, le traitement idéal de la dépression serait d’associer la prise d’antidépresseurs à un suivi psychologique. Pourtant, les idées reçues autour des antidépresseurs sont encore aujourd’hui une entrave importante à la mise en place d’un traitement efficace pour les personnes concernées.
Récemment, une étude remettant en question le rôle de la sérotonine dans la dépression a déclenché l’inquiétude et remis en cause l’utilisation des antidépresseurs dans son traitement. Pourtant, il est bon de rappeler que même si l’association entre sérotonine et dépression est remise en cause, cela ne signifie pas que les antidépresseurs ne fonctionnent pas. Certains aspects du fonctionnement de la dépression restent encore inconnus, et les recherches doivent continuer pour améliorer sa prise en charge.
La sérotonine est une molécule impliquée dans la transmission des émotions dans le cerveau. Le manque de sérotonine est considéré comme l’un des facteurs biologiques de la dépression, et une partie des antidépresseurs actuels fonctionnent en agissant sur ce déficit de sérotonine.
“Beaucoup d’entre nous savent que le paracétamol peut soulager les maux de tête, mais je ne pense pas que qui que ce soit affirme que les maux de tête sont causés par un manque de paracétamol dans le cerveau. La même logique s’applique à la dépression et aux médicaments qui la traitent.” (traduit par nos soins)
On l’aura compris, les principaux responsables du décalage entre le nombre de personnes touchées par la dépression, et le nombre d’entre elles qui bénéficient d’un traitement adapté sont les idées reçues concernant la santé mentale en général et la dépression en particulier. Résultat: des situations de non-recours au soin pour des personnes présentant des détresses (ou troubles) émotionnelles. Alors que faire ? Comment agir pour créer un monde dans lequel chacun.e peut exprimer sa souffrance mentale sans honte, et surtout trouver l’aide dont il ou elle a besoin ?
“ça ne peut pas m’arriver à moi”
Florence ForestiLe modèle bio-psycho-social
Toutes les dépressions ne se ressemblent pas
Personnes chez qui une dépression a été diagnostiquée lors des douze mois précédant l’enquête sur la santé psychique de l’Observatoire suisse de la santé (OBSAN) 2017
des femmes
des hommes
Selon les recherches de l’Observatoire de minds, les hommes sont moins à même de chercher de l’aide que les femmes lorsqu’ils souffrent de problèmes de santé mentale.
Qui a peur des antidépresseurs ?
Les antidépresseurs
C’est quoi la sérotonine ?
Dr Michael Bloomfield, University College LondonDes idées reçues qui entravent la parole
Quelques possibilités d’actions individuelles !
Il s’agit d’arrêter de minimiser notre souffrance, de se culpabiliser pour cette dernière, voire même de la nier. Tout le monde a une santé mentale qui fluctue durant la vie, et tout le monde peut potentiellement souffrir d’un trouble mental un jour. Et oui, les hommes AUSSI ont une santé mentale !
Partager sa souffrance, son ressenti. Cela permet non seulement de se soulager soi-même et de trouver de l’aide, mais cela aide également l’autre à s’ouvrir à son tour et à partager ses maux. Pour lutter contre la stigmatisation, parler de santé mentale c’est bien, parler de sa santé mentale, c’est encore mieux.
Tout autant qu’il ne faut pas minimiser sa propre souffrance, il convient de ne pas négliger celle des autres. Avoir de la compassion pour les personnes en souffrance qui nous entourent, et éviter de les juger trop rapidement ou sur la base de fausses informations, est primordial. La situation des personnes en dépression le prouve, les idées reçues peuvent constituer de véritables obstacles à l’accès à un traitement adapté, avec des conséquences directes sur le bien-être.Ressources
Sources